Forum sur la divulgation de la philosophie spirite ou Spiritisme la médiumnité, la vie après la mort, la réincarnation, l'évolution spirituelle, Les Esprits et Dieu et ses lois Divines.
 
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 L'Âme humaine

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jean-pierre Abel



Messages : 796
Date d'inscription : 04/05/2018
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Localisation : regioh Lilloise

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MessageSujet: L'Âme humaine   L'Âme humaine Icon_minitimeDim 6 Juin - 17:08

Je vous propose la lecture du message suivant, L'Âme humaine proposé par doctrinespiritenimes.over-blog.com, le5 Juin , Rédigé par Un spirite Publié dans #Allan Kardec, #Centre Spirite, #Croyance, #Doctrine Spirite, #Médiumnité, #Philosophie Spirite, #Réincarnation, #Science, #Spiritisme

(PS) Les publications que je fais se trouvent également sur le forum https://divulgation-spirite.forumactif.org/ pour la simple raison qu’ils sont disponibles plus facilement et plus longtemps, et peuvent bien sur être partagé, le but étant d’atteindre le plus grand nombre d’intéressés possible. Si il y a un problème qui m’échappe faites le savoir, d’avance merci

Immortalité. − D'où vient l'âme. − Genèse de l'esprit.

L'homme a-t-il une âme immortelle, ou n'est-il que le résultat d'une harmonieuse
combinaison de molécules, mues par les forces aveugles du destin ? L'esprit est-il la
cause, ou la conséquence de l'organisme ? Cesse-t-il d'être, quand le cerveau ne
fonctionne plus ? Persiste-t-il après la mort, emportant, dans un monde invisible et
inconnu, sa conscience et sa mémoire, ses mérites ou ses méfaits ?
Voilà la question qui a le plus tourmenté la pensée humaine. Elle se dresse, comme le
sphinx de la fable, mystérieuse et menaçante, chaque fois qu'une religion, devenue
insuffisante, s'affaisse sous son impuissance ou s'écroule dans une tempête, en faisant le
désert dans les coeurs.
La solution de ce problème n'appartient pas aux sciences expérimentales, et les sciences
expérimentales ont le tort de vouloir le résoudre.
Les questions de cet ordre relèvent d'une faculté mystérieuse, le sens intime, vue
intérieure qui fait percevoir à l'esprit les choses de l'esprit, comme nos sens externes nous
font percevoir les choses matérielles. Le sentiment, porté à sa suprême puissance,
pressent les vérités que la recherche intellectuelle ne peut atteindre. Flamme rayonnante
qui échauffe et éclaire à la fois, l'amour divin se révèle à l'amour de l'homme, et lui
découvre, dans les profondeurs de la vie, des espaces que la science ne peut sonder.
Les sciences positives dédaignent le sentiment, et, pour se débarrasser de ce concurrent
fâcheux, l'ont déclaré atteint de folie, oubliant que la plupart des grandes vérités qu'elles
ont découvertes, avaient été d'avance annoncées par lui.
Pour un moment, nous nous séparerons d'elles, sans abdiquer la raison, dont elles se
croient seules dépositaires. La raison guide le sentiment, comme elle guide la science ;
mais ce n'est qu'une force modératrice. Elle tient les rênes ; ce n'est pas elle qui entraîne
le char.
II
Le dogme de la persistance ou de la résurrection de notre être, − ce qui, au fond, est la
même chose, − existe dans toutes les religions connues, sauf dans celle de Moïse.
− « L'âme, disent les Védas, va dans le monde auquel appartiennent ses oeuvres ! »
− « Ô Dieu, s'écrient dans leurs prières, les fils de Zoroastre, ayez pitié de mon corps et
de mon âme, dans ce monde et dans l’autre ! »
Les Égyptiens , comme les Parses, comme les Phéniciens, croyaient à la résurrection des
morts, et ont transmis cette croyance au christianisme primitif ; les Grecs proclamaient
l'immortalité de l'âme ; les Druides, la succession des vies ; les Scandinaves rêvaient un
paradis farouche, où ils buvaient l'hydromel dans le crâne de leurs ennemis ; les
Canadiens, les Péruviens avaient, sur l'origine du monde et la vie future de l'homme, les
mêmes conceptions, à peu près, que la Phénicie et que l'Égypte ; jusque chez les naturels
des îles des Amis, jusque chez les sauvages des îles Sandwich, on retrouve l'idée de
l'âme immortelle.
Cet assentiment presque unanime n’est pas une preuve, sans doute ; mais la raison
moderne doit en tenir compte. Il prouve du moins le besoin impérieux qu'ont eu les
hommes de toute époque et de toute race de croire à la perpétualité de leur être, et ce
besoin général est un indice imposant.
Les peuples divers, selon leur génie particulier et leur élévation dans la vie idéale, ont
déterminé l'état de l'existence future. Ces conceptions sont plus ou moins puériles et
bizarres ; mais toutes, quelles qu'elles soient, s'accordent sur ce point que, récompense ou
punition, exaltation ou abaissement, la vie à venir est la conséquence logique, la sanction
morale de la vie passée.
Résurrection ou continuité de l'être, le dogme de la vie future est le dogme moral par
excellence.
III
C'est en même temps la logique suprême si l'être disparaît sans retour, la vie est une
absurdité monstrueuse, ou une cruauté systématique. L'homme a le droit de nier l'ordre,
ou d'accuser Dieu.
Car l'ordre veut que les désirs naturels soient satisfaits, et que les aspirations
légitimes aboutissent. Or, ce besoin de persister dans la vie, cette soif d'éternité,
qui est au fond de la personne humaine, est un appétit naturel de l'être conscient.
La nature ne fait rien d'inutile. Cet instinct a donc sa raison d'être. − Il sert, dit-on, au
progrès de l'espèce ; il fonde les religions, qui constituent les sociétés. − Mais Dieu ne
peut sacrifier l'individu à l'espèce. Sa puissance serait limitée, s'il ne pouvait faire
concorder l'harmonie de la création avec le bonheur de chaque conscience. La
providence universelle doit satisfaction aux êtres particuliers, comme à l'être général.
La vie infinie, réalisation de la pensée divine, du desideratum absolu, doit réaliser aussi,
dans son grand ensemble, les desiderata individuels. Si les aspirations du coeur et de
l'intelligence, ce désir toujours croissant d'aimer plus et de savoir mieux, ce besoin de
vivre, en un mot, de continuer en se développant, de sentir qu'on se développe, de
constater ses progrès et ceux des autres, de jouir de son épanouissement et du leur, si
tout cela s'éteint pour jamais, si la personnalité se dissout ou s'efface, ce n'est pas la
mort qui est une mystification, c'est la vie.
Et qui ne voit que vie et mort sont deux termes qui s'excluent, et que, si la vie est la
mort n'est pas !
Ô Père suprême, ai-je donc besoin de tant raisonner ? Si tu es tout amour, est-ce que je
peux mourir ?
I V
Les négateurs s'appuient sur ce qui se passe dans la nature visible. Ils voient les formes
qui disparaissent, et en concluent que l'être s'éteint.
− Montrez-moi une âme, disent-ils !
− Montrez-moi que vos sens peuvent tout percevoir, leur répondrai-je ; que vos yeux
peuvent tout, découvrir ; vos oreilles, tout entendre ; vos mains, tout palper ! Votre
organisme matériel est impuissant à saisir toutes les manifestations de la matière qui le
forme, le régit et l'enveloppe... Comment pourrait-il être impressionné par la plus
subtile des manières d'être de la substance ? Je ne peux pas montrer l'âme à votre
corps ; je ne puis la montrer qu'à votre âme.
L'âme n'est pas immortelle, objecte-t-on encore, puisque ses facultés s'éteignent, même
avant que s'éteigne la vie. Le vieillard, arrivé aux dernières limites de l'existence, ne
perd-t-il pas la mémoire, la volonté, la pensée, et jusqu'à la conscience de son être ?
Dans la vie normale et complète, que les progrès de la science et de la morale
assureront, un jour, à la plupart des hommes, la nature, pour nous enlever toute
espérance, fait mourir l'esprit avant le corps.
Cette objection pèche par la base ; d'un accident de subversion, elle fait une loi. La loi
naturelle est toute autre : les animaux ne tombent pas en enfance ; leurs instincts
supérieurs, leurs qualités affectives persistent, malgré l'affaiblissement des organes.
Jusqu'à la dernière heure, le vieux chien sourd, aveugle, perclus, reconnaît son maître, et
lui lèche la main.
La vie normale, au contraire, se termine toujours sans cette dégradation de l'être. On
constate que les centenaires meurent sans maladie apparente, en pleine possession de
leurs facultés.
L'abrutissement de certains vieillards n'est pas autre chose qu'une maladie provoquée.
Comme la plupart des maux qui nous affligent, c'est le résultat d'une vie mal employée, la
conséquence de fatigues excessives, ou d'habitudes malsaines. Celui qui surmène la
nature par la mauvaise gestion de ses forces, qui descend au-dessous de l'animalité par
l’extravagance de ses vices, doit finir, comme il a vécu, en dehors de la règle naturelle.
Telle vie, telle mort ; c'est la loi d'ordre ou de justice, ce qui est tout un 3.
L'homme doit vivre surtout par ses facultés supérieures, les seules vraiment humaines, et
celles-là doivent pondérer et diriger les autres. S'il obéit à cette loi morale, qui est sa loi
naturelle à lui, son organisme peut s'user ; ni son coeur ni son intelligence ne s'affaissent.
Est-ce que Fontenelle, Voltaire, Goethe, Humboldt ont eu cette horrible vieillesse ? Et
tant d'autres, moins illustres, et tant d'autres, tout à fait obscurs, n’ont-ils pas conservé,
dans l'âge le plus avancé, la lucidité de leur intelligence, le rayonnement de leur bonté ?
C'est l'idéal qui est la vie de l'âme. Il n'est pas seulement dans l'esprit ; il est dans le coeur.
Conservez-le, et vous serez jeune, malgré les cheveux blancs et les rides !
Mais ces grandes vérités ne se prouvent pas suffisamment par la logique. Elles sont
perçues par le sens intime, que tous ne possèdent pas également. Il est des âmes qui ne
savent pas voir, comme il y a, dans la nature physique, des yeux éteints et des oreilles
fermées.
Comment donner à ces esprits infirmes le sens qui leur manque ? Fera-t-on comprendre à
un aveugle-né les couleurs et la lumière ? S'ils ne sentent pas, au fond d'eux-mêmes, cette
certitude de l'être qui s'affirme dans la vie, s'ils refusent de se replier dans leur
conscience, et s'applaudissent de ne pas se voir et de ne pas voir Dieu, nous ne pouvons
rien, que les plaindre. On ne peut opérer de la cataracte, ceux qui se complaisent dans la
cécité.
V
Âme, esprit, être, − peu importe le nom, − la personnalité humaine est, et persiste,
indépendamment du corps tangible et visible, à l'aide duquel elle fonctionne ici-bas. −
Mais ce MOI conscient et volitif, doué du pouvoir de modifier la création et de progresser
par lui-même, d'où vient-il ?
Sur la formation des âmes humaines, la théologie si affirmative, ose à peine affirmer. La
révélation est muette.
L'âme vient de Dieu. C'est la profession de foi des religions révélées, et des philosophies
religieuses.
Mais comment l'âme vient-elle de Dieu ?
Est-elle créée en même temps que le corps ? − L'Église le croit, sans imposer sa
croyance sur cette question, que ses plus grands docteurs ont réservée. − Existe-telle de
toute éternité, ou seulement depuis la création de ce monde, attendant l'heure de son
incarnation ?
Dans ces trois cas, toutes les âmes sont égales devant Dieu, sans mérite ni démérite,
puisqu'elles n'ont pas agi, puisqu'elles n'ont pas vécu. D'où vient donc que le Créateur
donne à l'une des passions indomptables, à l'autre des vertus faciles ; plonge celles-ci dans
les ténèbres de l'ignorance, aux dernières limites de la dégradation, et pose celles-là au
sommet des civilisations, à la portée de tous les raffinements de l'esprit, de toutes les
délicatesses du coeur ?
Pour répondre à cette objection, certains théologiens ont imaginé la théorie de la grâce,
invention commode pour la théologie, mais peu flatteuse pour le Père commun.
Nous ne discuterons pas cette doctrine. Elle se condamne d'elle-même. C'est le renversement
de toute justice ; c'est la négation de la conscience divine, par la conscience humaine. Ce
serait un blasphème, si ce n'était pas une folie.
On a pu voir, dans les plus mauvaises pages de notre histoire, des tyrans furieux condamner
des existences innocentes ; mais ceux-là, du moins, agissaient par un motif de haine ou de
crainte, et n'avaient pu empêcher que leurs victimes vissent le jour.
V I
Cherchons dans la confiance en Dieu un appui et une lumière ! La solution qui satisfera
davantage notre idéal de justice et de bonté, se rapprochera le plus de la vérité : la vérité,
c'est le bien suprême.
Avant tout, rappelons une affirmation précédente : − Tous les jours des âmes éclosent. −
Pour que l'activité infinie s'exerce, il faut que la création soit continue. Si les âmes
humaines existaient de toute éternité, ou avaient été créées à la fois, Dieu aurait limité sa
puissance de création la plus sublime, puisqu'il ne créerait plus d'âmes.
Et maintenant posons de nouveau cette question aux lois de la vie, et à notre intelligence
qui les découvre :
− D'où vient l'âme humaine ?
VII
La science déclare et prouve que tout être est une collectivité, une synthèse des êtres
inférieurs, venus avant lui.
Naguère un orateur catholique disait dans la chaire de Notre Dame : − L'homme résume
en lui les trois mondes (minéral, végétal, animal).
La métaphysique allemande a prononcé cette grande parole : − La nature tend à l'esprit.
Sommes-nous donc si loin de nous entendre ?
V I I I
Comment monte la vie ? Comment s'accomplit le progrès, de règne en règne, de classe en
classe, d'espèce en espèce ?
Les sciences naturelles le disent :
La vie monte, en concentrant, en combinant, dans des individualités de plus en plus
composées, les éléments, les organes, les formes, les forces qui constituent séparément
des êtres plus simples, plus élémentaires.
Chaque formation nouvelle est une synthèse, une collectivité de plus en plus
complexe ; chaque monde résume les mondes inférieurs.
La plante renferme en elle les éléments de l'air, les sels des minéraux, et l'eau, synthèse,
elle-même, d'hydrogène et d'oxygène.
Comme toute synthèse organique, elle occupe, dans l'échelle des êtres, un rang plus élevé
que les éléments qui la forment ; elle manifeste une vie supérieure.
Si la vie minérale se reproduit, en quelque sorte, dans le tronc compacte et immobile, −
dont les cellules se superposent comme des cristallisations, et dont l'aspect, dans certaines
espèces, a l'apparence du rocher, − déjà la sève circule, et prélude à la circulation
artérielle ; déjà les feuilles respirent comme le poumon respirera, et leur appareil
respiratoire va devenir celui de l'insecte, dont l'éclosion se prépare ; déjà, pour le grand
mystère de la génération, l'ovaire s'entrouvre.
L'animal n'est pas loin.
Voyez-le au début ! Il n'a pas encore conquis la puissance caractéristique de
l'animalité : l'indépendance. Fixé au sol comme les algues voisines, il s'agite
pourtant par ses propres forces : il attire et saisit ses aliments. Il agit.
Mais les organes de la génération lui manquent ; il se reproduit par boutures.
Constatons ce fait ! nous le retrouverons partout :
Dans le premier travail de toute formation, la vie semble d'abord épuiser ses forces
sur l'organe spécial qu'elle veut faire avancer. Il y a progrès sur un point, et recul
sur d'autres.
Ainsi, dans la marche des sociétés, un progrès ne s'accomplit jamais qu'au détriment
d'essors un instant comprimés ; ainsi le progrès sentimental et moral du christianisme a
refoulé, pendant des siècles, la science, les arts, l’industrie ; ainsi le progrès industriel
de l'ère moderne menace de ne s'opérer qu'aux dépens de la moralité publique, et de
l'idéal poétique et religieux.
De même, dans le développement de l’embryon, au sein de la mère, un organe ne
se forme qu'en atrophiant momentanément les autres.
I X
L'animalité est la synthèse des deux règnes inférieurs. − On retrouve en elle le
minéral : test, coquille, carapace, squelette ; les poils, les plumes, les parties cornées
prennent leur nourriture dans la chair, et poussent comme les végétaux ; les vésicules se
superposent comme les cellules végétales, comme les molécules cristallines ; les animaux
contiennent même le métal : la chimie trouve du fer dans leur sang.
Après sa phase rudimentaire, l'animalité prend possession de l'espace : elle rampe, nage,
vole, bondit.
Et chaque espèce, à son tour, est une collectivité d'organes, d'essors, de forces, qui
contient et résume, dans sa nouvelle puissance, toutes les synthèses précédentes.
Nous disons qu'elle contient leurs essors. Remarquez bien ce mot ! Il nous met sur la voie
que nous cherchons.
X
La plante s'alimente et se reproduit : la racine pompe ; la feuille aspire ; le pistil appelle
l'étamine ; le pollen cherche l'ovaire. C'est une activité bien supérieure à celle du
minéral ; mais que cette activité est passive encore ! Pourtant la racine trace et cherche, et
la graine, le pépin, l'amande s'entourent d'enveloppes protectrices, au sein desquelles
l'incubation de l’oeuf végétal s'accomplit.
Ne peut-on pas dire que l'instinct commence ?
L'animal va recueillir et développer ces premières manifestations de la vie
individualisée : alimentation, reproduction.
L'alimentation sera la fonction presque exclusive des premières espèces : zoophytes,
mollusques, poissons. La tortue pondra ses oeufs et les laissera au soleil, comme le
batracien les oubliera dans la vase, comme la mouche les abandonnera dans la fleur, ou
dans la chair.
L'instinct familial, l'amour des petits, s'éveillera chez l'insecte travailleur, pour arriver à
l'oiseau, où il va produire des miracles de tendresse, d'industrie, de dévouement et de
courage.
Parmi les animaux qui allaitent, ce sentiment se raffinera encore. La mère léchera ses
petits ; le phoque se fera tuer en défendant sa famille ; le lion gambadera pour réjouir
sa lignée. Le père a commencé chez l'oiseau, et se continue chez le mammifère.
X I
L'alimentation a développé graduellement des facultés d'un autre ordre : la combativité,
la ruse, l'association ; et dans la fourmi, l'abeille, le castor : le travail et la prévoyance.
L'instinct de conservation, dans les races menacées, a déployé des essors encore plus
précieux : la discipline, la solidarité, la protection. Plusieurs espèces posent des
sentinelles qui signalent le danger ; un chevreuil relaye le chevreuil poursuivi, et entraîne
la meute loin du hallier où l'animal harassé se repose ; les chevaux sauvages, à l'approche
du péril, se rangent en cercle autour des femelles et des poulains, et attendent l'ennemi.
Nous voilà bien loin du polype et du mollusque ; nous voici bien près, non pas seulement
de l'Australien et de l’Hottentot, types primitifs, selon les uns, dégénérés selon les autres,
− mais de l'homme.
Quelle route ont suivi ces facultés, pour arriver à ce degré de développement dans les
animaux supérieurs ? − La route des organismes, ces échelons progressifs que se construit
la vie, pour se manifester de plus en plus, et réaliser l'esprit. − Purs instincts, dira-t-on !
Qui déterminera le point où l'instinct finit, où l'esprit commence ? Est-ce seulement
l'instinct qui met aux mains des singes d'Afrique, la pierre avec laquelle ils brisent le fruit
du baobab 4 ?
Nous ne parlons pas des animaux élevés par l'homme. C'est un autre ordre de
phénomènes. Il rentre dans le développement même de l'humanité, qui ne peut progresser
qu'en élevant ce qui est au-dessous d'elle. Mais, quelle que soit l'influence morale de
l'homme sur les êtres inférieurs, le magnétisme qu'il exerce, l'émanation de sa propre vie
qu'il répand sur eux, ces sentiments qu'il provoque, cette intelligence qu'il excite,
existaient au moins en puissance, parmi les facultés natives des animaux ralliés à lui.
X I I
Nous touchons à la conclusion de notre recherche sur l'origine de l'âme humaine. Cette
conclusion, le lecteur l'a devinée sans doute. L'acceptera-t-il ?
Elle est simple ; elle est logique ; elle est indiquée par les observations de la science, par
l’étude des manifestations de la vie dans les êtres qui nous entourent, et dans nousmêmes,
par l'induction philosophique et religieuse. Mais elle heurte des préjugés ; elle
blesse des croyances ; elle froisse des orgueils.
L'esprit du christianisme moderne, l'esprit catholique, depuis Bossuet surtout, imprégnant
l'homme d'un sentiment de personnalité excessive, ont rejeté si loin derrière nous ces
auxiliaires patients et dévoués, sans lesquels l'association humaine n'aurait pu se réaliser,
ces ennemis terribles, que le progrès de notre union a seul pu vaincre !
Nous retrouvons pourtant, dans ces prétendus automates, nos instincts, nos amours,
nos haines. Sans doute ces sentiments, ces facultés, se sont développés en nous, sont
passés à un état supérieur ; mais, si nous avons raffiné leurs tendances affectives,
n'avons-nous pas raffiné aussi leurs cruautés et leurs violences ?
Ces farouches instincts, ces volontés égoïstes dont ils ne sont pas maîtres, nous pouvons les
modifier en nous et par nous-mêmes, les combattre, les éteindre par nos propres efforts.
Nous avons l'idéal du bien et du juste qu'ils ignorent, la soif de l'infini qu'ils ne
connaissent pas ; et, pour marcher vers cet idéal et le réaliser en nous, pour assouvir ces
aspirations, nous avons la liberté morale qui leur manque.
Mais regardons au bas de l'échelle humaine, où ces précieuses facultés sommeillent encore,
enfouies sous les appétits sauvages ! N'y voyons-nous pas des races entières, qui semblent
plus rapprochées de l'animalité que de nous ?
Prétendra-t-on que cette doctrine amoindrit Dieu, ou rapetisse l’homme ?
Non, Dieu ne sera pas amoindri, parce que, sous une loi universelle, la loi du progrès,
toute la vie manifestée se coordonne et s'enchaîne. Plus cette loi sera simple, plus Dieu
sera grand.
Cette économie de ressorts qui emploie toutes les forces, qui utilise tous les germes, est
aussi la loi de justice.
« Seigneur, s'écrie saint Augustin, tu as créé, en même temps, les hommes et les animaux,
les pierres et les plantes. Toutes ces créatures étaient égales en mérite, puisqu’aucune
n'avait mérité. D'où vient donc que ta bonté s'est étendue sur celle-ci que tu as faite
raisonnable, plus que sur toutes les autres qui sont dépourvues de raison ? »
Dieu est-il amoindri, parce que la marche ascendante de la vie répond à ces
étonnements, à ces reproches des cœurs tendres et des têtes d’élite ?
L'homme est-il rapetissé, parce que son âme est la réunion de ces énergies diverses,
combinées en lui ? Son essence est-elle moins divine ; en est-il moins fils de Dieu, et
souverain ordonnateur du globe ?
Ne pressent-on pas, au contraire, quels principes moraux, quels sentiments qui l'élèvent
encore, quels devoirs religieux découlent de cette solidarité réelle avec les règnes et les
êtres ?
Il est tout autre qu'eux, bien qu'il les contienne tous, tout autre par le sommet, non par la
base. Les facultés supérieures des animaux sont ses facultés rudimentaires. Son âme est
un clavier qui réunit ces notes éparses ; il en tire, selon sa liberté, des discordes ou de
l'harmonie.
La liberté morale le constitue un être à part, premier jalon d'une série nouvelle, qui se
dégage peu à peu des énergies brutales, des entraînements exclusifs de l'instinct, et
monte, cette fois, par son libre essor, par sa volonté réfléchie.
X I I I
Cette doctrine englobe tout, explique tout, justifie tout.
La divine providence s'étend sur tout et sur tous : Providet, elle pourvoit, jusqu'à ce que
la liberté soit éclose, et que la volonté se manifeste.
L'homme n'est pas une exception heureuse parmi les autres êtres. Il n'arrive pas là, tout
d'une venue, produit de l'arbitraire divin. Il est la somme de toutes ces existences qui,
avant lui, sont écloses pour le parfaire, et qui aspiraient vaguement à lui, comme il aspire
sciemment à Dieu, dont il tend à réaliser les perfections et la puissance.
Rien n'est perdu, rien n'est sacrifié. Toutes les forces sont employées, toutes les tendances
aboutissent, toutes les existences montent jusqu'à ce sommet formé par elles, qui s'appelle
l'homme, et qui, les enveloppant dans sa liberté, les épurant dans sa conscience, les
entraîne, par le chemin de la vie morale, vers les destinées supérieures.
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